Ce n’était pas une interview ordinaire. C’est un moment rare pétri de lumière qu’OTV nous a offert. Au milieu des images de violence qui déferlent quotidiennement sur nos écrans, ils étaient là. Deux hommes, face à face. Pas n’importe lesquels. Sayyed Hassan Nasrallah, face au général Michel Aoun. Deux hommes forts, d’une véritable force, celle qui porte en elle la conscience et le respect de l’autre. La force productrice d’espérance.
Dans un monde où on nous raconte que la rencontre des cultures est un choc, où on nous invente, par des mécanismes pensés et artificiels, des ennemis pour nous préparer à accepter la guerre, deux hommes, prédestinés à se haïr et à s’entretuer, se rencontrent pour parler d’entente et d’apaisement. Leurs deux voix sont arrivées tranquillement, motivées par le dialogue. Quatre heures de plongée passionnante, dans les conditions qui ont accompagné la construction du document d’entente entre le CPL et le Hezbollah et ses conséquences. L’intelligence humaine, ce soir-là, est rendue visible.
Ils se sont imposés comme deux grands cèdres par leur volonté de construire. Sur ces deux piliers distincts et distants s’est formé un pont. Sans cesser d’être différents, ils ont décidé de ne plus être distants. Car la paix se construit avec l’autre. En le reconnaissant. En le respectant. L’entente devient alors notre demain. Le demain à créer ensemble. La paix avance. Utopie ? Illusion ?
Certes, cela ne suffisait pas. Comme la rencontre entre Bechara El-Khoury et Riyad El-Solh en 1943 n’a pas suffit en elle-même à construire cette conscience du Liban. Mais ce qui se produit en vérité en 2006, dans l’église de Mar Mikhaël, n’était pas seulement une réconciliation entre ces deux hommes, commandée par les circonstances mais un élan de découverte réciproque des Libanais entre eux. L’entente s’est mise en marche. Aujourd’hui encore, bien qu’en proie à des doutes provoqués par un climat politique à haute tension, notamment sur ce qui constitue le vivre ensemble, elle continue à pénétrer vraiment les cœurs de milliers de Libanais et fait grandir la paix dans les consciences. Elle a fleurit en juillet 2006 face aux pires épreuves et porte tous les jours ses fruits.
Ce soir-là, Michel Aoun et Hassan Nasrallah ont donné d’eux-mêmes. Leurs voix sont sûres et sereines. Elles vibrent d’une même conscience. Elles se confondent avec les nôtres. Elles sentent la simplicité d’un message vrai. Ils ont parlé de confiance, de paix civile, de dialogue, d’ouverture, de sécurité et de justice. Des mots tellement instrumentalisés que les Libanais commencent à en oublier le sens profond.
Mais ces voix de conscience sont inaudibles par les hommes de paille, et le chemin de paix est inaccessible aux hommes aux pratiques perverses. Ceux-là même qui mélangent vérité et mensonge pour déstabiliser, et inversent victimes et bourreaux pour que les victimes paraissent responsables de ce qui leur arrive. Vides et creux, ils sont incapables de s’ouvrir, alors ils essaient de détruire toute relation naturelle et saine. La haine est leur moteur.
Face à leurs paroles toxiques, les paroles bienveillantes prononcées lors de cette rencontre tentent d’éteindre des foyers de tension qui à tout moment menacent de dégénérer en guerre générale. « Plus de lignes de démarcation, c’est du passé.» « Plus de points de passage.» « Le Liban à tous.» Le futur réapparaît alors gorgé de possible. La possibilité de s’affranchir de notre douloureux passé de guerres pour laisser l’espace à un demain.
Par leur entente, Michel Aoun et Hassan Nasrallah ont mis en marche la paix. La justice aussi. Le chemin sera sûrement rude et escarpé. Il sera troublé par des attaques obstinées de ceux qui n’ont pas d’états d’âme ni de remords et qui ignorent le respect de l'autre.
Rassurons-nous, cette entente est un noyau solide autour duquel l’espérance d’un nouveau Liban va grandir pour se faire réelle. Quant aux hommes de paille, vides et creux, ils tomberont au premier souffle de paix.
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